Le secteur hypothécaire canadien est tissé serré. Les initiatives professionnelles et caritatives y sont étroitement liées. Certains préfèrent s’impliquer à titre personnel, tandis que d’autres misent sur la coopération. C’est le cas de 100 Brokers Who Care (BWC), une association de conseillers hypothécaires dévoués et compatissants qui font des dons et amassent des fonds pour des organismes de bienfaisance. Sabeena Bubber, courtière hypothécaire chez Xeva Mortgage à North Vancouver, est l’instigatrice de cette initiative inspirante. Nous avons discuté avec elle pour en savoir plus sur la raison d’être de cet organisme et sur l’importance de faire une différence dans la vie des moins fortunés.

 

Pourquoi êtes-vous devenue bénévole ? Et pourquoi est-il important pour vous de redonner ?

En 2015, ma petite amie Wendy a vécu la perte déchirante de sa fille de six ans et de son ex-mari, victimes d’une noyade tragique. Elle était mère célibataire et travailleuse autonome. La perte de sa fille l’a traumatisée. Elle a eu de la difficulté à payer les frais funéraires, sans parler de son loyer, parce qu’elle était incapable de travailler. J’ai donc créé pour elle une page GoFundMe. La générosité du milieu hypothécaire m’a surprise. Sur les 35 000 $ recueillis, 7 000 $ ont été versés par des courtiers hypothécaires de partout au pays.

Je me suis rendu compte à ce moment-là qu’il y aurait certainement d’autres courtiers qui auraient des amis, des proches ou des voisins ayant besoin d’aide financière. C’est ainsi qu’est né 100 BWC. La règle est simple : 100 BWC perçoit 100 $ par trimestre auprès de ses membres du secteur hypothécaire. Chaque trimestre, les membres proposent une cause ou un organisme digne d’être aidé. Les fonds sont remis à celui qui remporte le plus de votes. Cette œuvre caritative reprend la formule à succès de la « 100 Who Care Alliance ». L’intégralité des dons est remise aux nécessiteux. Le tout est géré bénévolement, notamment par Jackson Middleton et son équipe de Kilted Media. Jason Henneberry, Brad Lister et Doc Assist aident à effectuer les paiements. Notre conseil d’administration, qui est composé de moi-même, de Jackson Middleton, de Marci Deane, de Drew Donaldson, de Jason Henneberry et de Frances Hinojosa, prend les décisions au nom de l’organisme. Simon Biancardi est le conseiller juridique qui détient les dons en fiducie jusqu’à ce qu’ils soient requis.

 

Quel est l’aspect le plus gratifiant du bénévolat ?

Le plus gratifiant est de constater l’effet sur les familles dans le besoin. J’ai vu de mes propres yeux, en remettant un chèque, l’effet positif que l’argent pouvait avoir et l’aide qu’il apportait pour procurer les choses simples que les gens ont du mal à se payer. Nous avons aussi contribué à la santé mentale après qu’un collègue courtier hypothécaire se soit enlevé la vie. Il y a tellement d’anecdotes derrière chaque don qu’il est difficile de ne retenir une seule chose importante. La récompense, c’est d’aider les gens et de faire comprendre au secteur hypothécaire que nous faisons une différence dans la vie des personnes dans le besoin.

 

Que représente pour vous ce soutien ?

Le soutien des membres du secteur hypothécaire qui partagent notre vision d’aider les familles et les organismes de bienfaisance est une leçon d’humilité. C’est une chose d’avoir « l’idée » de recueillir des fonds, mais de nombreux courtiers donnent déjà de l’argent et de leur temps dans leur région, ce qui est génial. Nous avons dépassé la barre des cent membres, si bien que nous envisageons de scinder le groupe en sections. Nous travaillons à la création d’une section de l’Est et d’une section de l’Ouest pour que l’argent recueilli dans chacune de ces régions y reste. Plus nous grandissons, plus nous donnons.

 

Comment faites-vous connaître vos bonnes œuvres ?

La promotion de 100 BWC se fait principalement sur Facebook et par le bouche-à-oreille. Nous n’avons pas de budget de publicité, puisque tout l’argent recueilli est versé aux gens dans le besoin.

 

Comment l’argent recueilli aide-t-il le récipiendaire ?

Tout l’argent recueilli va aux personnes ou aux familles qui sont choisies par les membres de 100 BWC.

Nous avons récemment aidé les familles suivantes :

  • La famille Glover compte cinq personnes qui travaillent dur et qui résident sur 120 acres à environ 20 minutes à l’ouest de Nanton, en Alberta. John et Andrea sont tous deux travailleurs autonomes. Lui est agriculteur. Elle est courtière hypothécaire depuis 2008. Andrea détient un permis de courtage à High River, en Alberta. On a diagnostiqué chez John un cancer du pancréas au stade trois, sans garantie de réussite des traitements. Leur situation financière est très précaire.
  • Ella Mucha a reçu un diagnostic de leucémie à l’âge de deux ans. Ses parents, Alyssa et Dustin, composent avec un fardeau financier considérable. On leur a dit que leur fille pourrait guérir, à condition de suivre un plan bien strict. Comme Ella n’a pas de système immunitaire, elle doit vivre dans une bulle. Alyssa doit donc rester à la maison pour s’occuper de sa fille. Celle-ci pourrait mourir de la moindre infection ou maladie.
  • Une mère célibataire qui fait l’école à la maison à son fils a aussi bénéficié de notre aide. Récemment, on lui a diagnostiqué un cancer qui l’a obligée à cesser de travailler parce qu’elle était incapable de marcher. Elle a eu du mal à gérer ses activités quotidiennes et sa capacité à travailler, à cause des traitements. Or, elle doit pouvoir se concentrer sur sa guérison pour être apte à élever son fils.
  • La famille Sandoval a reçu un don de 100 BWC après que Kelly Sandoval a sacrifié sa vie pour protéger l’un de ses enfants. Elle s’est héroïquement mise en danger pour empêcher leur plus jeune fils d’être frappé par une camionnette. Kelly a laissé dans le deuil son mari et ses quatre fils. Son mari, un travailleur autonome, avait de la difficulté à s’occuper des garçons (tous âgés de moins de 16 ans) tout en gérant son entreprise d’aménagement paysager.

 

Dans quels autres organismes de bienfaisance vous impliquez-vous ?

Pour chaque prêt hypothécaire que j’obtiens, j’envoie un don à l’Hôpital pour enfants. C’est une autre façon de faire une différence.

 

Quel conseil donnez-vous aux personnes qui envisagent de s’impliquer dans des activités de bienfaisance ?

Tout au long de ma carrière, j’ai cherché à donner en retour. Or, je n’avais pas l’impression qu’un simple chèque avait de l’impact. Avec 100 BWC, je constate l’impact des dons, et les membres qui proposent une famille ou une cause ont l’honneur de remettre les fonds en personne, ce qui leur procure une grande satisfaction. Si vous avez envie d’aider les gens, ne vous découragez pas. Chaque fois que j’ai cru ne pas pouvoir continuer à recueillir des fonds pour 100 BWC, quelqu’un était là pour m’aider et m’encourager. D’ici la fin de 2019, notre groupe aura donné plus de 100 000 $ depuis la création du programme. C’est grâce à la vision et au soutien de tous les participants. D’ailleurs, je remercie tous les membres de notre groupe !

Malgré son nom, 100 BWC n’est pas du tout limité à 100 courtiers, ni à un seul groupe, personne ou franchise : il est ouvert à tous les intervenants du secteur. L’objectif premier est de réunir les membres de la communauté du courtage hypothécaire dans le but d’aider les gens dans le besoin. Ce faisant, nous espérons laisser un héritage bien enraciné, de sorte que, peu importe qui siège au conseil d’administration ou dirige le groupe, les effets positifs de la bonté se perpétueront.

Cet article a déjà été publié en novembre 2019, dans le quatrième numéro de la revue Perspectives de Professionnels hypothécaires du Canada.

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